R.I.P Jean Marc Vallée

Le réalisateur du film C.R.A.Z.Y nous a quitté à Noel…

Son départ cette nuit m’a transpercé le coeur.

Je ne sais pas pourquoi, son départ m’a rappelé ce film dans lequel un enfant meurt la nuit de Noel…

Je désire lui rendre hommage et le remercier pour C.R.A.Z.Y son film phare qui a fait écho à mon adolescence difficile en partageant cet extrait de mon livre « Tout se joue avant 100 ans »

J’ai un peu honte de le dire, mais j’ai déjà ressenti le désir de m’enlever
la vie quand j’étais jeune. Je ne trouvais pas mes buts à moi.
Je me sentais exclu, incompris et vide. Et plutôt que de jouer avec
mon vide, j’en avais terriblement peur, alors il jouait avec moi.
J’étais traversé par une grande dépression. Or, à l’époque, je
l’ignorais, mais la dépression a une fonction évolutive. Elle nous
informe généralement que nous ne poursuivons pas nos propres
buts dans le jeu de la vie. On est alors « désabusés » et la vie nous
dit qu’on doit s’arrêter de jouer pour un temps, même si parfois on
souhaiterait s’arrêter pour tout le temps. La dépression nous invite
à rassembler nos forces et à chercher nos propres buts. Mais je ne
la voyais pas de cette façon à cette époque…
Un soir, je me suis fixé un but très dangereux. J’ai décidé d’en
finir et de me mettre hors jeu définitivement. C’était la nuit de
Noël et il faisait très froid dehors. J’avais 17 ans et je venais d’être
refusé en psychologie parce que mes notes étaient trop faibles. Je
n’ai pas besoin de vous dire qu’à ce moment-là, je ne voyais pas le
mot fusée caché dans ce qui m’était refusé. Mais surtout, je vivais
ma première grande peine d’amour, la seule vraie, en fait, celle
qu’on rejoue toute notre vie.
Je me sentais donc profondément inutile, sans valeur et trop
différent des autres pour essayer de sortir mes crayons et d’afficher
mes couleurs. Et comme ma société n’avait plus de rites de
passage pour me faire passer à un autre niveau, et que les jeux
vidéo dont j’étais très friand ne pouvaient pas le faire non plus, j’ai
inventé mon propre rite de passage : me confronter à la mort. Je
suis donc parti en direction de la forêt de Stoneham, au nord de
Québec, avec ma tuque à pompon des Nordiques de Québec, Le
petit prince de Saint-Exupéry et un flacon de médicaments.
En dernier recours, avant de poser le geste fatal, j’ai lancé un
appel de détresse à un poste d’écoute téléphonique anonyme. J’ai
appelé Tel-Aide Québec, où l’on écoute ce que personne ne veut
entendre, comme ma vie de l’époque.
Dans la tempête, quelqu’un a répondu à mon appel. Il y a eu
un long silence, puis j’ai commencé à m’exprimer. Progressivement,
j’ai senti une réelle présence. Enfin, quelqu’un qui ne me
jugeait pas et qui a pris un peu de temps pour m’écouter véritablement.
Ce gardien de phare anonyme dont j’ignorais tout, de la
couleur de ses cheveux à la forme de ses yeux, ne me posait pas de
questions comme un ordinateur. Il acceptait d’entendre simplement
des émotions, des peurs et des désirs que je jugeais honteux.
Autrement dit, il me donnait du « jeu ». C’est cette deuxième
dimension, si essentielle pour jouer ensemble, qu’on appelle aussi
l’empathie, qui permet à une personne de danser librement entre
nos préjugés.
« Le silence, c’est quand personne n’écoute », a écrit Réjean
Ducharme. Je ne savais pas encore ce que je devais dire. Je ne
connaissais pas encore le secret qui jouait avec moi, mais j’avais
un immense besoin d’être écouté. Alors, l’écoute que m’a offerte
cette personne bien vivante, même anonyme, au téléphone a été
déterminante. Au matin de cet appel de détresse et au terme de
mon itinérance, je suis retourné chez mes parents et j’ai pris un
énorme risque, celui d’ouvrir mon jeu à mon père. Je me suis
effondré spontanément en larmes dans ses bras.
Habituellement, lorsque mon père me voyait souffrir, il disparaissait
dans les nuages de l’Île Faut : « Il faut que tu fasses ceci,
il faut que tu fasses cela, il ne faut pas faire ceci, il ne faut pas faire
ça », etc. Mais à ce moment, mon père semblait complètement
démuni par mon état et il a lui aussi pris un risque. Plutôt que de
cacher sa vulnérabilité dans des conseils stériles ou des choses à
faire, il a simplement tendu ses mains. Il m’a pris dans ses bras
sans parler. Ce fut mon plus beau cadeau de Noël. J’ai enfin pu me
reposer dans les grands bras protecteurs de mon père et reprendre
des forces.

Extrait du film C.R.A.Z.Y.
J’avais le même poster dans ma chambre…

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